La famille en confinement - et si la crise était une opportunité ?

La famille en confinement - et si la crise était une opportunité ?

Par Dr.Laurent Masclet et Dr. Frédérique Dalifard


Les couples et les familles sont confrontés à une situation de crise susceptible d’être traumatisante à plusieurs niveaux.


Et dans ce contexte, dans notre société actuelle plutôt aisée (comparée au reste du monde), plutôt individualiste, la famille, les parents, les enfants, le couple sont volontiers considérés comme un fardeau qui « empêche de » (de travailler, de s’épanouir, d’avoir du temps à soi etc..).
On est séduit et en même temps coincé par ce « et en même temps ».  Et si ça marche, c’est un miracle. Mais ce miracle n’est possible que s’il est construit par les efforts de chacun, nous dirions « co-construit ». Dans ce contexte de confinement, on redécouvre alors que le couple et la famille peuvent aussi être une ressource, un support, qui assure un socle d’appartenance fondateur, rassurant, sécurisant, au sein duquel on peut développer des compétences propres, donner et recevoir, échanger et partager.


Dans cette visée, il est important de commencer par ne pas mélanger tous les niveaux d’angoisse que cette situation présente, tous ces traumatismes qu’elle vient réveiller ou générer. Il s’agit de faire le tri, de les identifier.


Quelles sont ces angoisses et traumatismes ?


Le traumatisme, c’est quelque chose qui s’impose de l’extérieur et qui fait brutalement effraction dans notre vie.



  • Générés par le virus en lui-même, par la peur de la maladie, voire de la mort (pour soi, ou un proche) : peur de la perte, confrontation à ses limites (non, nous ne sommes pas tout puissant), à la culpabilisation de transmettre une maladie, à la peur de l’autre

  • Générés par le confinement : cette mesure confronte chacun à la privation de liberté et la frustration massive +++ (il y a même le confinement dans le confinement pour ceux qui sont malades et se trouvent en quarantaine). Or nous n’y sommes plus vraiment accoutumés dans nos démocraties, et à l’heure du « tout, tout de suite ».

  • Générés par les incertitudes, les discours auxquels on ne peut se fier, qu’on ne comprend pas bien, qui changent en permanence, se contredisent.

  • A cela on peut rajouter les angoisses générées par la situation, économique, sociale

  • et les angoisses personnelles qui habitaient tout un chacun à des niveaux diverses, qui peuvent être calmées ou au contraire exacerbées par ce contexte.


Ces traumatismes peuvent nourrir des sentiments de persécution, de victimisation vis à vis du monde extérieur, qui risque de venir se jouer dans le couple, la famille.


Alors, devons-nous tous consulter un thérapeute individuel ou familial ? 


Non bien sûr, mais en revanche, il s’agit de « NE PAS GÂCHER LA CRISE ».


Les crises sont effet pourvoyeuses de changements, il y a un avant et un après. Il s’agit que « l’après » soit différent de « l’avant » et, si possible, meilleur évidement, même si ce n’est pas une évidence « pendant » la crise.


En effet, pour les familles, les couples,  cette  crise est une loupe, un condensé, un peu caricatural même de leur fonctionnement, une exacerbation des comportements de chacun, et surtout du système (du couple ou de la famille) qui s’emballe, ce qui permet de le repérer de manière un peu plus évidente.
Gardons-nous d’entrer dans les logiques de bourreau-victime dans le couple, ne pas se persécuter ; ce n’est pas l’heure des règlements de comptes, ni des comptes tout court. Il est important, de se dégager de la conflictualité quotidienne, ne pas rajouter de la violence à une situation qui est déjà très violente.


Il s’agit de se placer dans une dynamique d’évolution, de changement, de se projeter vers un après qui en serait pas comme avant et, d’en être acteur, de pouvoir naviguer entre des mouvements de lutte contre le traumatisme, et des positions d’acceptation, d’adaptation au principe de réalité.


Cela permet alors d’identifier et de croire à la fois en ses compétences, en ses capacités de changement et d’adaptation, pour soi et pour l’autre (même quand ces perspectives semblent bloquées).


Réapprendre à se faire confiance et à faire confiance à l'autre.


Pour cela, il s’agit d’identifier ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien, pour soi et pour la vie commune :




    • identifier ses besoins propres, (ce qui serait non compressible, non négociable), individuels et ceux du couple, de chacun des membres de la fratrie (les enfants ont grandi depuis la dernière fois qu’on les a vraiment regardés)

    • réfléchir à ce que c’est que d’être avec « l’autre », appartenir à cette famille

    • identifier ce qu’on a envie de vivre, de ressentir, ce qui compte

    • évaluer ses valeurs personnelles, celles qu’on partage, celles qu’on veut transmettre

    • reconnaitre ce que l’on reçoit et ce que l’on peut donner

    • parce qu’un petit changement qu’on opère pour soi a, en général, des répercussions positives sur le système entier et entraine des changements chez les autres, engager de la sorte un cercle vertueux.

    • partager, vivre ensemble, être souder, jouer

    • s’occuper de soi-même pour mieux s’occuper des enfants, les cadrer et les rassurer

    • utiliser les technologies pour rester en contact, échanger avec l’extérieur

    • aller chercher sur internet tous les conseils pragmatiques qui vous parlent (beaucoup de sites, de pages de psychologues qui conseillent des trucs et astuces). Il faut trouver celles qui correspondent à son propre cas, (partager des espaces parfois exigus, maitriser le temps en définissant des rythmes, faire du yoga, de la méditation, place du jeu, etc …) 

    • Attention toutefois aux recettes toutes faites, au fournisseur de « solutions clefs en main », ça peut aider mais ça ne soigne pas …



Pour les ados :



  • les engager à garder le lien social, mais pour ça, ils ont rarement besoin de nous…

  • mais on peut également profiter de la situation générale pour leur rappeler quelques valeurs qu’elle engage : l’empathie, le fait que ce qu’ils font, ce qu’ils disent, ce qu’ils postent, a des conséquences.

  • (re-)découvrir l’intérêt de la famille aussi

  • continuer pour autant à définir le cadre, les attentes, c’est rassurant


La ligne conductrice fondamentale qui peut guider nos choix et nos actions, pendant le confinement : construire maintenant ce dont on aimerait se souvenir après, dans longtemps, quand on aura oublié tout le reste.


A lire, en lien avec cet article :


https://www.wepsee.com/fr/wikipsee/le-jeu-et-le-confinement/


https://www.wepsee.com/fr/wikipsee/psychanalyse-des-theories-du-complot/


https://www.wepsee.com/fr/wikipsee/la-psychose-du-coronavirus-comprendre-ce-qui-se-passe-dans-notre-tete/


https://www.wepsee.com/fr/wikipsee/le-confinement-en-famille-5-mots-cles-pour-mieux-le-depasser-deux-fiches-outils/


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