Psychanalyse des théories du complot

Psychanalyse des théories du complot

Tous les enfants ont peur du noir, le noir c’est l’inconnu, le noir c’est l’absence du parent rassurant qui nous tient la main.
Face au monstre, l’enfant crie et appelle ses parents sauveurs, mais que fait-il lorsqu’il est seul, lorsque le monstre s’attaque d’abord aux parents réels, ou que la crise démasque des « parents symboliques » (les dirigeants) faibles, menteurs, incompétents ?


La crise du Covid 19 nous refait vivre des angoisses anciennes, oubliées, et des menaces nouvelles, inédites.
Ce corona est le monstre du noir de notre enfance, ce méchant informe, qui menace de nous tuer, ou de nous séparer de ceux que l’on aime. Le Covid 19 s’attaque à ceux qui doivent nous rassurer en toutes circonstances, ceux qui n’ont pas peur des monstres : nos parents.
Etrange sensation de sentir nos piliers menacés, de savoir nos parents si fragiles devant ce tout petit monstre invisible. L’enfant n’a plus peur pour sa santé, mais pour celle de ses parents, et au fond c’est la même chose pour lui, c’est avoir peur de la mort, car pour l’enfant, la mort c’est être seul, seul, séparé de ses parents, parmi les vivants, ou les morts…
Souvent, lorsque l’enfant est abandonné, il panique, et s’agite pour ne pas penser, pour se dé-penser de ces si douloureuses pensées…il dit et fait des bêtises !
Il cherche un coupable, accuse son voisin, son camarade différent, son prof, son directeur, n’importe lequel qui donnera matière à une théorie persécutante ou complotiste.
Grâce au complot, ce n’est plus de sa faute s’il a peur ou mal, non, c’est à cause de l’autre !
Et faisant d’une pierre deux coups, c’est aussi l’occasion de se masquer sa faiblesse actuelle en s’inventant un génie, une puissance intellectuelle, une force pathétique dans sa « capacité à percer à jour les mensonges des méchants puissants » !
Les dirigeants donnent le spectacle désespérant de leur incompétence et de leur suffisance, et cela est fondamentalement angoissant pour chacun d’entre nous. Il n’y a pas de pilote compétent dans l’avion…
Cela augmente la défiance, la perte de confiance en l’autre, et constitue un terrain propice aux croyances complotistes. D’un certain point de vue, il peut être rassurant de penser que nos élites nous manipulent, sous-entendu qu’elles restent puissantes, plutôt que d’accepter l’effrayante réalité de leur faillite.


Les complotistes, en réalité, sont gagnés par des mécanismes paranoïaques classiques, et bien connus par les psychanalystes et les historiens...
Dans les complots, il faut toujours un méchant, un génie du mal, tirant les ficelles par cynisme, vice et gourmandise. Gourmandise pour toutes nos pulsions humaines (cupidité sexualité agressivité) mais que l’on préfère nier en nous et attribuer, outré, à un autre écœurant.
Une bonne théorie complotiste doit être vicieuse, ingénieuse, mais compréhensible par le plus grand nombre, et ne pas rompre avec les fantasmes communs, afin de rallier la masse et de lui permettre d’y défouler son désarroi…
Depuis longtemps le juif remplit ce rôle de rat dégoutant, odorant, voleur et salisseur, complotant pour sa meute cachée, tantôt dans la pénombre d’un égout pour l’extrême droite, tantôt au soleil d’un château luxueux pour l’extrême gauche, tantôt armé jusqu’aux dents sur une terre volée pour l’antisémit…pardon antisioniste de tout obédiance.
Et bien rassurons-nous, dans ce monde futuriste, certaines choses ne changent pas, car la quasi-totalité des théories complotistes autour du Covid 19 gardent le juif en premier rôle.
Il sera cette fois leader d’un lobby pharmaceutique cupide, vendeur de vaccins, chloroquine ou autre respirateurs hors de prix, tyran en mal de domination mondial, ou encore raciste se délectant du spectacle de la mort des non-juifs…


Tous les enfants ont peur du noir, mais tous n’accusent pas leur petit frère d’être en réalité le monstre terrifiant…
Alors, bravo à ceux qui acceptent la peur, la réalité, et qui tente de survivre sainement et courageusement à cette crise.
Bravo à ceux qui ne voient pas en l’autre un diable, mais un alter ego, fragile et inquiet aussi.
Le psychisme n’aime pas que les complots heureusement, il aime par-dessus tout l’action pour lutter contre l’impuissance. Cette action peut prendre mille formes, celle héroïque de nos soignants, celle solidaire du voisin qui livre des courses à la vieille personne confinée, ou encore celle du parent aimant qui joue avec ses enfants, les écoute, leur parle, les aide à grandir sereinement dans ces circonstances douloureuses…


La crise sanitaire est un défi, notamment celui de ne pas sombrer dans le complotisme, mais plutôt d’inventer des façons d’avancer ensemble !


 


 



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