Ecrans et addictions


Ecrans et addictions

L’évolution des outils d’information et de télécommunication ont radicalement transformé notre vie quotidienne et notre relation aux autres. Face à cette transformation de la réalité, on aurait presque envie de dire : la science-fiction, c’est maintenant ! D’ailleurs, je vous encourage à compter chez vous le nombre d’écrans que vous possédez et le temps que vous passez devant en ayant conscience que ces outils n’étaient pas là il y a très peu. La durée moyenne d’utilisation des réseaux sociaux est actuellement en France de 1H20.
Si ces outils numériques offrent de formidables opportunités de loisirs, de travail et d’échange source d’épanouissement personnel, ils peuvent être source de souffrance et de difficultés émotionnelles, cognitives et sociales en cas de mésusage. La notion d’addiction reste encore discutable dans ces pathologies même si ce champ psychopathologique, elle s’est élargie aux addictions sans objet. La dernière version du DSM 5 focalisait le concept d’utilisation problématique d’internet (UPI) aux seuls jeux en lignes. Une étude menée au Canada par Magali Duffour et al sur 3938 adolescents, d’une moyenne d’âge de 15,26 ans, a confirmé que le profil de risque n’était pas le même selon le sexe. Les garçons ont une appétence plus grande pour les jeux en lignes et les blogs. Nathan Hill a récemment sorti un livre, « les fantômes du vieux pays », qui met particulièrement bien en scène, dans un style très John Irving, la place pris par un jeu en ligne dans la vie d’un professeur et la façon dont on peut se laisser happer dans ces mondes virtuels pour vivre des expériences que l’on n’aura pas à ailleurs et associé frustrations et récompenses pour donner envie de poursuivre l’immersion au risque de se désocialiser. Quant aux filles, elles préfèrent les réseaux sociaux, le chargement de films et de musiques. Les filles sont plus à la recherche d’un lien social à travers les outils numériques.
Lucia Romo et al évoque le risque de dépendance que génère une utilisation excessive des réseaux sociaux corrélée à une négligence de la vie personnelle, une préoccupation mentale et une évasion de la réalité dans ces nouveaux modes de communications. Pour parler d’addiction comportementale, il faut que ce comportement soit répété et qu’il entraine de la détresse et des dommages sur un temps significatifs sans pouvoir être réduit. De plus, il doit être source de préjudice ou d’une souffrance d’ordre fonctionnel.
Les jeunes utilisant abusivement les réseaux sociaux ont plus de risque de dépendance à l’alcool, au cannabis, d’une utilisation problématique des jeux de hasard et d’argent, une plus forte symptomatologie dépressive et anxieuse.
56% des français membre d’un Réseau social en 2016
53% des 12-17 ans disent ne pas pouvoir s’en passer
Facebook 31,2 millions de visiteurs uniques par mois
Youtube 26 millions de visiteurs uniques par mois
Twitter 13,6 millions de visiteurs uniques par mois
Instagram 11,9 millions de visiteurs uniques par mois
Snapshat 10,1 million de visiteurs uniques par mois
Pour Lucia Romo et son équipe, les thérapies comportementales et cognitives peuvent constituer une solution thérapeutique. Afin d’être efficace, la première étape passe par des entretiens motivationnels du fait de la difficulté pour les personnes de prendre conscience du niveau de gravité du problème et de l’impact sur leur vie malgré les réactions et les critiques des proches ou les répercussions sur le sommeil, les résultats scolaires, les relations sociales, le travail. Dans un deuxième temps, il faudra travailler sur les pensées dysfonctionnelles et effectuer une restructuration cognitive.
D’ailleurs différentes études ont montré que ces personnes présentaient, lors de tests psychologiques, des spécificités comme : mauvaises capacités d’adaptation, attentes cognitives, traits dépressifs, anxiété sociale, faible estime de soi, vulnérabilité au stress.
Dans la prise en charge, on effectuera une ligne de base sur le temps passé hors obligation professionnelle ou scolaire en y incluant les émotions et les cognitions associées afin de débusquer les croyances erronées. Un travail comportemental sera effectué sur le contrôle du stimuli et traiter le craving (envie furieuse de faire quelque chose).
Ces nouveaux outils et le risque de mésusage nécessite de mettre en place des campagnes de sensibilisations et un apprentissage concernant leurs bonnes utilisations. Par contre, il est nécessaire de prendre le temps de bien poser le diagnostic pour pas que celui-ci soit source d’une stigmatisation de la personne au sein de la famille.
Cette révolution technologique n’est pas que source de pathologie et elle est aussi l’opportunité d’élargir l’offre de soin en proposant des cyber entretiens. Ces Visio consultations permettent à des patients soumis à la mobilité professionnelle de continuer à se faire soigner comme les étudiants et les expatriés mais aussi à offrir une alternative aux déserts médicaux.

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