Comment prendre en charge la trichotillomanie ? Dr Seznec


Qu’est-ce que la trichotillomanie ?


La trichotillomanie c'est l'arrachage compulsif des cheveux au point d’en devenir chauve.
Elle touche 2 % des femmes. Certaines se les arrachent et les jettent par terre, d’autres croquent le bulbe. Elle peut aussi se porter sur les cils, les sourcils, les poils pubiens...


La trichotillomanie est un comportement stéréotypé qui se répète. Par erreur, on a souvent classé cette maladie dans les TOC; Or ce n'est pas un TOC parce qu'il n’y a pas d'idée obsédante derrière. Ce comportement n'est pas là pour résoudre une obsession. C'est une addiction gestuelle qui se transforme vite en stéréotypie c'est-à dire que la personne ne réfléchit même plus à son geste.

Comment se débarasser de la trichotillomanie ?


La psychothérapie est très difficile chez ces patients là parce qu'on peut parler autant qu'on veut, ça n’a aucun impact sur le comportement parce que le problème est stéréotypique. La parole seule ne suffira pas.


La trichotillomanie est une sorte d'addiction gestuelle, comme fumer, boire… Elle est une fausse bonne solution pour purger la tension intérieure ressentie par le patient.
C'est un comportement de toilettage qui se réveille; Nous ne sommes pas les seuls animaux à s’en prendre à nos poils : les singes passent beaucoup de temps à s'épouiller, c'est à la fois une fonction d'apaisement et une fonction sociale. Les animaux stressés se lavent parfois jusqu’à s'arracher les poils, les rats font des mouvements de grooming…
L'hypothèse que je formule c'est que ce comportement de toilettage, qui a disparu chez les êtres humains, se réveille à certains moments de la vie (dans la petite enfance ou à l'adolescence) suite à un événement ou parce que l'adolescent.e est débordé.e par ce volcan émotionnel qui se réveille pendant cette période il trouve alors de fausses bonnes solutions pour s’apaiser.
L'apprentissage pour ces patients sera d'apprendre à repérer cette tension intérieure parce que vivre provoque des tensions en permanence mais il ne faut pas se faire submerger par elle, il ne faut pas qu’elles débordent.
Représentez vous l’image de la centrale nucléaire : la centrale produit de l'énergie et si elle en fabrique trop son système de refroidissement se met en route.

Le patient doit apprendre à s'apaiser, à s'inscrire dans le présent. Dans les commandes de morbidité de la trichotillomanie il y a la procrastination, il peut y avoir aussi les troubles de l'attention qu'il faut savoir dépister chez certains enfants.
Chez certaines jeunes femmes c'est la difficulté à s'ancrer dans l'instant présent. J'appelle ça le syndrome de la méduse : ce sont des jeunes femmes qui se laissent flotter dans le temps; qui n’ont pas d’ossature intérieure. Tout le travail de psychothérapie sera de leur construire un squelette intérieur pour s'inscrire dans l'instant présent.

Dans les crises de trichotillomanie les patientes racontent qu'elles peuvent être pendant une heure deux heures dans une sorte de rêverie, d'onirisme à s’éplucher et tout d’un coup elles se réveillent et voient tous ces cheveux et c’est dramatique pour elles.

C'est une maladie qui est difficile parce qu'elle est vécue comme honteuse, elles ne peuvent pas en parler. On peut recevoir des patients qui souffrent de trichotillomanie depuis 10, 20, 30 ans, adolescentes il leur était impossible d’en parler. Elles sont comme vous et moi, normales, et puis elles ont ce truc qui leur échappe… Comme elles n’arrivent pas à se le représenter, à en parler elles le vivent comme quelque chose de honteux et ça ne savent pas en parler à leurs proches. Parfois elles tentent auprès d'un médecin qui ne peut pas l’aider alors tout de suite elle se referme dans cette mauvaise habitude et trouvent des techniques de camouflage : des foulards, des chignons (parfois si on retire le chignon on peut tomber sur des tonsures de moines), des perruques.

L'un des traitements qui peut être utile c’est de mettre des volumateurs : ce sont de vrais cheveux qui se tissent sur les cheveux de la patiente; On fait une tresse et on coud les vrais cheveux au-dessus. C'est un avantage parce que l'objet de l'addiction n'est plus sous la main et puis c'est un autre avantage parce qu'elle ne passe pas des heures le matin a essayer de masquer leur trou et puis ça les descentre de leur tête, elles peuvent retrouver une vie de femme, retrouver des cheveux, aller à la piscine prendre la douche… C’est largement mieux que les perruques qui sont très anxiogènes qui sont vécues comme quelque chose d'extérieur.

Donc voilà ce que c'est la trichotillomanie : c'est une vraie souffrance et toutes les techniques de relaxation de pleine conscience, d'apaisement, vont permettre de guérir cette maladie.


 


Vous souhaitez auto-observer votre comportement et le comprendre ? Faites le test.


 


Photo by Samuel Regan-Asante on Unsplash


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