J'ai pris 15kg après mon agression !

J'ai pris 15kg après mon agression !

J’ai pris 15 kg depuis mon agression



Si notre corps nous semble parfois « out of control », si son poids s’emballe sans qu’on arrive à suivre aucun régime, il cherche peut être à nous dire des choses avec ses mots à lui, des choses qui demandent à être déchiffrées sous peine d’être exprimées en diffé-rents maux : pulsions alimentaires, envies irrépressibles de chocolat, crises de boulimie, attaques de nourriture en pleine nuit et autres réjouissances prises en cachette.


Laura est une femme de 34 ans. Elle a pris 15 kg en 10 ans et souhaite se faire installer un ballon gastrique au niveau de l’estomac.
Elle est impatiente de trouver une solution rapide à son surpoids qui dure pourtant de-puis plus de 10 ans. Victime de véritables crises de boulimie tous les soirs en rentrant du travail, aucun régime n’a fonctionné. Son médecin, repérant ses compulsions alimentaires, l’oriente vers un psychologue.


Mariée, mère de deux enfants, Laura se sentait suffisamment épanouie dans sa vie de famille et sa vie professionnelle pour n’avoir jusqu’à présent pas ressenti le besoin de consulter un psychologue.


Tout soignant pourrait se laisser impressionner et contaminer par l’urgence apparente de cette demande de perte de poids, mais le rôle du psychologue est d’aider son patient à s’interroger sur les raisons de son surpoids et à trouver des ressources pour se libérer de ses troubles alimentaires (ce que le ballon gastrique ne permettra pas).


Interrogée sur les débuts de sa prise de poids, elle fait un lien qu’elle n’avait encore jamais fait entre les débuts de ses crises de boulimie et une agression sexuelle qu’elle avait subie 10 ans plus tôt.
Elle avait, jusqu’alors, tenté d’enterrer la souffrance liée à cette agression, mais son corps n’avait en rien oublié et, à travers ces problèmes alimentaires, en exprimait toutes ses séquelles.


Laura avait bien eu l’intuition qu’il fallait agir sur son corps pour s’alléger de ses 15 kg. Mais plutôt que de se faire poser un ballon gastrique pour rétrécir l’estomac, elle choisit de panser autrement les plaies de ce traumatisme à l’origine de sa prise de poids.


Comme le souligne le psychologue américain Peter A. Levine, le principal impact d’un traumatisme est qu’il « nous éjecte de notre propre corps ». Et la chose la plus importante dans l’accompagnement psychothérapeutique est d’aider les patients à reprendre contact avec leurs sensations pour leur offrir ce merveilleux cadeau de se sentir à nou-veau entier dans leur corps.


Pour Laura, tout s’était passé comme si pour se défendre de son agression sexuelle et continuer à vivre, elle s’était déconnectée de son corps. Ainsi coupée de ses sensations, elle ne ressentait ni faim, ni satiété, et pouvait engloutir tout son frigo quand elle rentrait du travail. Se remplir était une manière d’anesthésier toutes émotions et toutes sensations. La crise de boulimie la faisait entrer dans un véritable état d’hypnose dont seule la sensation douloureuse d’un ventre trop rempli y mettait fin. Elle en sortait alors encom-brée par la honte et la haine d’un corps vécu comme difforme.


Au fil des séances, elle prit conscience de l’impact de son agression sur son poids, se libéra de toutes les émotions jusque là restées figées et réussit à réinvestir un corps qu’elle s’était enfin mise à écouter et dont elle commençait à prendre soin. La perte de poids s’était alors enclenchée.


Dans les troubles du comportement alimentaire, le corps est souvent vécu comme un ennemi : un ennemi qu’on cherche à museler, à affamer, à gaver, à contrôler, à anesthé-sier. Mais il est intéressant de s’interroger sur le langage du corps et sur la fonction de ces troubles alimentaires. Qu’est-ce que le corps cherche ainsi à nous dire ? De quoi cherchait-il à nous protéger ? De quelles souffrances ? De quels traumatismes ?


Le travail avec un psychologue permet d’apporter ce nouvel éclairage et de revisiter cer-tains événements traumatiques au cours desquels le corps a pu se dissocier pour se protéger.


Comme le pédiatre qui observe de près la courbe de poids de l’enfant, excellent indica-teur de santé, nous pourrions suivre notre courbe de poids tout au long de notre existence. Au-delà des problèmes de santé éventuels, elle révèle, sans les dire avec des mots, nos expériences de vie parfois difficiles et nos maux qui ont fait mal.


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