Sensualité et sexualité


De quoi parle-t-on, lorsque l’on parle de sensualité et de sexualité en dehors de toute intention de procréation ?
La sensualité est un comportement qui met en jeu notre corps afin de parler à nos sens. C’est une façon d’être totalement dans son corps jusqu’au bout de ses ongles. Elle fait appel à notre intelligence émotionnelle pour nous inscrire dans une immédiateté. Notre façon d’être n’est plus régie par notre tête qui répond souvent à nos besoins premiers en ressassant le passé et en anticipant le futur pour s’adapter au mieux dans le présent, mais par notre intuition qui nous fait développer notre sens de l’à propos grâce à une intelligence corporelle (Damasio : L’erreur de Descartes). La sensualité trouve son aboutissement dans le comportement sexuel.
La sexualité se nourrit de notre sensualité. En effet, si habituellement une conversation est un acte ou la tête parle au cerveau via l’oreille, la sexualité est une conversation libre et spontanée qui utilise tout notre corps afin de parler à nos sens. Cette conversation a lieu dans notre corps. Elle est supportée par notre intelligence émotionnelle, laissant de côté la tête. L’emballement de ce corps à corps provoque une ivresse générant l’orgasme. L’orgasme est une vibration de nos sens et de notre tête produisant une onde de plaisir. Il est possible par l’abandon du corps par notre tête. Cette extase ne se produit que dans un lâcher-prise de la part de notre tête afin que notre corps et nos sens soient affolés par nos émotions. Le corps devient le terrain de jeu absolu de nos sens et de nos émotions. Celui-ci nous permet de goûter au plaisir et, ainsi, à la jouissance à travers un partage sensuel et sexuel.
S’inscrire dans une telle sensualité n’est pas toujours si simple. En effet, dès que la tête prend le contrôle, on risque de « faire » et d’ « avoir » un comportement sexuel et de ne plus « être » sensuel au risque de la frigidité et du passage à l’acte. Le passage à l’acte est source de violence car il ne s’élabore pas dans le dialogue, le respect et l’acceptation de l’autre mais dans l’expression égoïste d’une pulsion brutale. La sexualité demande d’accepter ses émotions, de les accueillir et d’en jouer mais aussi de partager avec son partenaire. Il s’agit d’une démarche altruiste qui met en lien les individus et qui participe au bien-être et à l’épanouissement de chacun. Celle-ci s’effectue en fonction de ses envies, de ses besoins et de ses valeurs. Ces dernières sont propres à chacun. Elles dépendent de son éducation et de sa culture. Elles participeront à l’instauration des règles de jeu.
Notre corps sexué s’éveille émotionnellement à l’adolescence.  Il existe différentes manières pour le jeune adulte afin d’aborder cette nouvelle dimension qui s’offre à lui :
- Certains pratiquent leur corps comme un manège, à la recherche de sensations fortes et ainsi se sentir exister à travers cette épreuve sensoriel. Ils vont multiplier les expériences et prendre des risques afin de se définir. D’ailleurs, à l’adolescence, le genre sexuel n’est pas toujours clair et est parfois source d’expériences afin de se connaître. Cette recherche de sensations fortes fait parfois l’objet d’une addiction sexuelle constituant une véritable pathologie.
- D’autres vont éviter ou dénier l’aspect sexuel du corps ou vont développer une belle indifférence en étant passif ou spectateur de leur corps dans l’acte sexuel.
La sexualité a parfois des vertus thérapeutiques. Elle est parfois utilisée comme anxiolytique. En effet, certaines personnes utilisent la masturbation pour apaiser une tension, se relaxer voire s’endormir en détournant les effets sédatifs que cela procure chez l’homme. Alors pourquoi pas ? En cas de tension, ne vaut-il pas mieux utiliser une masturbation dans un cadre intime plutôt que de fumer, boire, manger ou tout autre acte maltraitant ?
La masturbation est aussi une excellente voie pour les jeunes femmes afin de s’approprier et apprivoiser leur corps sexué en vivant une expérience sensorielle et émotionnelle. A travers ce jeu avec leur corps, elles ont la possibilité de tester le lâcher-prise nécessaire à une relation sexuelle et sensuelle partagée avec un autre. C’est aussi une façon d’expérimenter un corps sensuel et d’abandonner une approche instrumentale du corps. Le film « Black Swan » évoque cet enjeu pour la danseuse afin de pouvoir jouer le cygne noir du Lac des Cygnes. Mais un vécu trop instrumental de son corps de danseuse avec un cadre trop rigide imposé par sa mère qui s’approprie le corps de sa fille font que cette tentative se termine dans le drame.
Les tensions intérieures s’évacuent aussi à travers des pulsions sexuelles ou des passages à l’acte. En effet, à travers des comportements extrêmes ou déviants comme le voyeurisme, l’exhibitionnisme, le sadisme, le masochisme et les violences sexuelles, la sexualité éprouve les corps en les maltraitant parfois. Certains de ces comportements, lorsqu’ils ne s’inscrivent pas dans un partage et qu’ils sont abusifs, sont de véritables pathologies pouvant être liées à des troubles de la personnalité et sont surtout du registre de la loi.

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