Levothyrox et système de santé


Le Lévothyrox ou le retour de l’effet nocebo du fait du délitement de notre système de santé.
La modification de deux excipients du levothyrox sont actuellement à l’origine d’une polémique. En effet, de très nombreux patients se sont plein d’effets indésirables. Ces patients ont accusé le laboratoire Merck, fabriquant du Lévothyrox, d’être responsable de ces maux. Ce laboratoire a été conspué sur la place publique. La vox populi a rattaché cette décision au grand complot de l’industrie pharmaceutique. Tous ces événements ont été relayés très largement par les médias sans analyse de fond et partage de la vérité, faisant ainsi enfler le sentiment d’injustice, de maltraitance et d’abus des laboratoires pharmaceutiques.
Qu’en est-il réellement ?
Tout d’abord, il est nécessaire de savoir que ce changement d’excipient a été fait à la demande de l’agence du médicament. En effet, celle-ci avait remarqué une dégradation du médicament dans le temps. C’est-à-dire que si les premiers médicaments d’une plaquette pouvaient délivrer 125 mcg de Lévothyrox dans le sang, les derniers médicaments de la plaquette pouvaient n’en délivrer que 110 mcg. Donc, afin de garantir la stabilité du médicament, l’Agence du médicament a demandé au laboratoire Merck de revoir la composition de celui-ci. Le laboratoire Merck a donc changé deux choses. Tout d’abord, il a rajouté de l’acide citrique anhydre (composé du citron) et remplacé le lactose par le mannitol[1]. Rien de plus ! La substance active est restée la même.
Pourquoi toutes ces effets indésirables relatés ?
Tout d’abord parce que l’hormone thyroïdienne est le thermostat du métabolisme humain. Toute modification même positive peut avoir des échos corporels source d’interprétations et d’angoisses s’ils ne sont pas accompagnés par une bonne relation médecin malade. Les difficultés de biodisponibilité de cette substance rendent impossible l’utilisation de génériques.
Mais surtout du fait de l’effet nocebo de tout médicament qui peut être à l’origine de ces troubles. En effet, selon Ulrike Bingel, une neurologue allemande, plus un patient s’attend à développer des effets secondaires plus il a de chances que cela lui arrive vraiment. Ce phénomène psychique dit « effet nocébo » a des effets négatifs sur le fonctionnement d’un traitement. En 2016, une méta analyse a montré que les effets psychologiques négatifs varient de 4 à 26%. Ulrike Bingel rajoute que lorsqu’un média rapporte les effets négatifs d’un médicament sur un seul patient, cela entraine une peur collective. On observe ensuite une épidémie d’effets indésirables dans les mois suivant. Pour cette neurologue, il est nécessaire de vulgariser l’information et faire preuve de pédagogie pour ne pas générer de tels effets notamment dans l’écriture de notices médicamenteuses. On rencontre quotidiennement des patients qui sont terrorisés par des notices médicamenteuses ou les fiches à signer pour donner leur accord à une opération chirurgicale. Avec l’obligation d’informer et de tout dire, l’Etat a oublié de prendre en compte les effets indésirables d’une information froide et non circonstanciée.
Comment l’épidémie a pris de l’ampleur ?
L’épidémie a pris de l’ampleur parce que l’agence du médicament et la ministre de la santé n’a pas su communiquer correctement sur ce sujet. Ils ont une approche administrative du soin et ne possèdent pas la pédagogie nécessaire pour accompagner au mieux les citoyens.
L’Etat transforme peu à peu les médecins en employés de santé, leur retirant ainsi leurs compétences relationnelles qui sont les principaux outils du soin. Cette dérive administrative et industrielle du soin tue le soin.
Les médias ont pris, depuis de nombreuses années, le pli de basher systématiquement l’industrie pharmaceutique. Dans le grand complot fantasmé par les ignorants, le lobby de l’industrie pharmaceutique tient les rênes. On a construit un mur de Berlin entre les médecins et l’industrie pharmaceutique. Ils n’ont plus accès aux éléments d’informations et de dialogues nécessaire pour accompagner les patients.
Quelle réponse impartiale ?
Pour faire la part du vrai et du faux, il est nécessaire de faire une étude en double aveugle comparant les effets indésirables des patients prenant l’ancienne formule du Lévothyrox avec des patients prenant la nouvelle formule. Dans une étude en double aveugle, personne ne sait ce qu’il prend ni même les médecins ne savent ce qu’ils prescrivent puisque leur attitude influe sur la perception du médicament par le patient. Une telle étude est en cours.
Cela ne sera pas suffisant car il est très dur de lutter contre la force de l’imaginaire et des croyances. En effet, de telles études ont été menées chez des personnes se disant électrosensibles. Ils étaient incapables de discerner à l’aveugle les pièces avec des ondes avec d’autres sans ondes.
C’est pour cette raison que l’Etat et les médias ont une grande responsabilité dans leurs actions pour ne pas laisser pousser de telles rumeurs. Il est très difficile ensuite de revenir en arrière.
Le paradoxe des génériques
On a changé deux excipients à un médicament et cela a fait suffisamment scandale pour que l’agence du médicament fasse machine arrière. Par contre, on tente d’obliger les médecins à prescrire des génériques où tous les excipients peuvent changer et en faisant croire aux patients que c’est exactement la même chose (quid de l’effet nocébo ?). Si l’Agence du médicament était logique dans son action elle arrêterait d’harceler les médecins pour qu’ils prescrivent des génériques.
De tout cela, il est nécessaire de comprendre qu’il existe un effet psychique à la prescription d’un médicament qui faire partie du soin. Une relation médecin malade de qualité est indispensable au bon soin. L’Etat et les médias portent actuellement une lourde responsabilité sur la façon dont ils traitent la médecine, les médicaments et l’industrie pharmaceutique. Les patients en sont les premières victimes et les soignants s’en retrouvent maltraités. En touchant maladroitement au thermostat du métabolisme, l’Agence du médicament a révélé toutes les failles de notre système de santé dont se plaignent les soignant depuis de nombreuses années sans trouver d’oreilles pour les entendre. En outre, il serait bien temps que les médias prennent leur responsabilité en donnant des informations contextualisées et non des faits tronçonnés qui n’attisent que les peurs. En effet lorsque l’on dit publiquement que « certains patients souffrent d’effets indésirables du fait du modification d’un médicament par son fabriquant et que des patients manifestent contre et réclament le droit d’avoir l’ancien », par syllogisme, on renforce automatiquement le scénario catastrophe de l’industrie pharmaceutique grand méchant et on alimente les troubles.
Tout cela devrait prendre fin car de guerre lasse, de plus en plus de médecins, épuisés, raccrochent leur blouse. Il n’y aura bientôt plus de soignants. Vous savez notamment pourquoi.

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