Adolescence et ordalie : L’adolescent et le besoin d’exister

Adolescence et ordalie : L’adolescent et le besoin d’exister

Les conduites à risques de l’adolescent à la recherche de sensations fortes sont des conduites ordaliques. Pour certains adolescents il s'agit de se sentir VIVRE, pour d'autres de devenir adultes !


  L’une des questions centrales à laquelle nous sommes tous, un jour, au cours de notre vie, confrontée, est celle de l'existence. Tout individu doit un jour résoudre la problématique d'être. En effet, à partir d'un corps organique appartenant pendant neuf mois et demi à la mère, le nouveau-né va ensuite s’individualiser, se différencier physiquement et psychiquement. Ce processus maturatif suit un long parcours décrit par Freud. Pour mettre en place ce processus de différenciation, Freud a eu besoin de faire l'hypothèse de l'existence de l'inconscient, ce qui lui a permis de mettre en place la mythologie analytique utilisée comme modèle par les psychanalystes.

À quoi correspond le fait d'être?
C'est en sorte pouvoir se référer par rapport à un autre (externe ou interne à l'individu) et de pouvoir ainsi entretenir avec lui une relation d'objet. Alors, afin d’être soi et pas un autre, il est nécessaire de définir ses propres limites. Si certaines d'entre elles paraissent plutôt évidentes, les limites physiques (l'enveloppe corporelle) ou relationnelles (tout le monde ne discute pas avec la même distance interpersonnelle physique ou psychique, chacun met en place sa distance). D'autres limites le sont moins, les limites psychiques. Cette différenciation est une étape très complexe. En effet l’absence de définition de soi entraîne la non-existence par un processus de fusion, et, le détachement total, l'inexistence par anéantissement : on ne peut se définir que par rapport à un autre. On se sort de cette problématique psychotique grâce à l'inconscient. L’inconscient permet de mettre en place une dualité, notre structure névrotique, entre le corps que j'ai, que je perçois et que vous percevez, et le corps que je suis, avec cette autre psychique qu'est l'inconscient. Toute cette organisation est propre à chacun en fonction du parcours maturatif vécu au cours de l'enfance et de la façon dont on a testé notre existence réelle. En résumé, on peut dire que pour être, on a besoin d'un ailleurs et des limites par rapport à celui-ci.


L’ordalie est une dimension à laquelle tout adolescent est confronté afin de pouvoir Etre un adulte, c'est-à-dire pouvoir être un individu autonome et indépendant pouvant identifier dans ses actions ce dont il a envie, besoin et ce qui est adapté pour lui.
Une éducation « réussie » est une éducation qui prépare et permet à l’adolescent de se séparer. Pour accéder à cela, l’adolescent se différencie de ses parents en s’émancipant de leurs désirs, de leurs besoins et de leurs valeurs éventuellement. Si le lien est trop fort ou s’il n’a pas les ressources nécessaires pour se séparer, l’adolescent peut-être amené à s’éprouver pour pouvoir dire qu’il « est ». Par cette épreuve, l’adolescent va tenter de former une chrysalide (l’épreuve) pour se séparer de ce qui le rattache à l’enfance et aux parents.


En maltraitant son « corps parental », il tente de rompre le lien qui le maintient dépendant afin de se le transformer en « corps adulte ». Cette épreuve peut prendre une forme ordalique en tentant le jugement de dieu, c'est-à-dire celui d’avoir le droit de vivre, en tentant de tuer symboliquement le corps issu du désir parental. Cette ordalie peut prendre la forme de conduite à risque ou de troubles du comportement.
Par exemple, l’anorexique va tenter de vivre en mourant de faim et le toxicomane en s’empoisonnant.
De nombreuses sociétés ont ritualisé ce moment de passage entre l’enfance et le monde des adultes afin de canaliser les possibilités de violence de ce passage. La forte charge symbolique de ces rituels permet la réorganisation psychique nécessaire afin d’accéder à ce nouveau statut. Chez les Massaï, les jeunes ne peuvent revenir au village qu’après avoir tué un lion. À Vanuatu, les adolescents sautent d’un promontoire les pieds accrochés à une liane (ancêtre du saut à l’élastique).
Une autre manière d’envisager cette problématique existentielle est de se dire qu’être adulte, c’est être libre. C’est à dire libéré de la dépendance parentale et autonome. Cependant être libre, c’est être seul. Notamment seul face à ses émotions et plus particulièrement la peur. Tous ces rituels ordaliques dans les sociétés traditionnelles sont des épreuves qui nous confrontent à notre capacité à faire face à la peur (devant un lion, etc.). Certaines personnes trouvent du plaisir et de la satisfaction dans cette façon d’éprouver sa peur et reproduisent sans fin celle-ci à travers des conduites à risque éprouvant le corps.


Dans les troubles du comportement (anorexie, toxicomanie et autres addictions), ce qui se joue dépasse souvent l’individu dans ses difficultés d’émancipation. Les facteurs de vulnérabilités peuvent être multiples comme les prédispositions génétiques, les facteurs environnementaux (mode, culture, etc.). Mais, ce qui se joue, au fond, ce sont des difficultés à Etre (narcissiques) à avoir un « moi » solide et stable. Cette difficulté peut être le produit d’un dysfonctionnement de système.
Le sport est un bon terrain pour mettre en scène dans la société moderne ces rites de passage. Dans les sports d’épreuve comme le vélo, les adolescents mettent en avant cette dimension dans le choix de ce sport.


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